Neuromythes

Neuromythes
cal mar 12, 2014

Un neuromythe est une hypothèse scientifique invalidée par de récents travaux ou complétée de manière à la rendre erronnée. Les utilisations qui ont été faites de ces vérités et contre-vérités temporaires, les diverses exploitations basées sur ces étapes de la recherche sont à présent caduques ou au moins incomplètes. Ces enchaînements (découverte – exploitation – non adaptation aux vérités scientifiques connues) ont abouti à des contre-vérités sur le fonctionnement du cerveau. Ces erreurs ont été baptisés neuromythes par Bruno della Chiesa, chercheur et professeur à Harvard, et répertoriées dans un rapport de l’OCDE intitulé Comprendre le Cerveau, naissance d’une science de l’apprentissage, CERI, 2007. Les neuromythes sont à présent dénoncés par l’ensemble de la communauté scientifique. Ils sont particulièrement embarrassants quand on aborde le thème de l’éducation à cause des nombreuses dérives auxquelles ils peuvent donner lieu.

Vous trouverez l’origine de ces neuromythes et les explications scientifiques permettant de les dénoncer dès 2007 dans Comprendre le Cerveau, naissance d’une science de l’apprentissage, CERI, 2007

Neuromythe  : « Il n’y a pas de temps à perdre, car pour le cerveau tout se joue avant trois ans. […] il n’existe guère, pour les humains, de données neuroscientifiques concluantes sur la relation prédictive entre la densité synaptique du premier âge et l’amélioration de la capacité d’apprentissage. »

Comprendre le Cerveau, naissance d’une science de l’apprentissage, CERI, 2007

FAUX : La plasticité cérébrale (réorganisation des circuits cérébraux en fonction des expériences et de l’apprentissage) et la neurogénèse (naissance de nouveaux neurone) sont potentiellement actifs tout au long de la vie (voir les travaux de Pierre-Marie Lledo). On peut donc apprendre à tout âge. D’autre part, il n’est en rien encore prouvé scientifiquement que la stimulation cérébrale chez l’enfant très jeune potentialise ses capacités cérébrales.

 

Neuromythe  : « Il existe des périodes durant lesquelles certains enseignements/apprentissages sont indispensables. […] Chez l’homme, jusqu’à présent, on n’a pas découvert de période critique; ce qui ne signifie pas qu’il n’en existe pas. On préfère parler de « périodes sensibles », laps de temps où l’apprentissage, dans tel ou tel domaine spécifique, est plus facile. La communauté scientifique admet qu’il existe des périodes sensibles, particulièrement pour l’apprentissage du langage (qui en connaît plusieurs, dont un certain nombre à l’âge adulte). Des recherches complémentaires sont nécessaires avant de pouvoir déterminer si les programmes des systèmes éducatifs sont assortis à la succession des périodes sensibles. L’imagerie cérébrale pourra apporter de nouveaux éclaircissements sur les processus biologiques liés à ces périodes. »

Comprendre le Cerveau, naissance d’une science de l’apprentissage, CERI, 2007

 

Neuromythe  : « Mais j’ai lu quelque part que nous n’utilisons que 10% de notre cerveau de toute façon. […]  Toutes les données en neurosciences aujourd’hui montrent que le cerveau est actif à 100 %. En neurochirurgie, où il est possible d’observer des fonctions cérébrales sur des patients en anesthésie locale (le cortex ne possédant pas de récepteurs à la douleur), des stimulations électriques n’ont montré aucune zone inactive, même quand aucun mouvement, sensation ou émotion n’est observé.»

Comprendre le Cerveau, naissance d’une science de l’apprentissage, CERI, 2007

 

Neuromythe  :  « Je suis ‘’cerveau gauche’’ elle est ‘’cerveau droit’’ […]  en se fondant sur les dernières études, les scientifiques pensent que les hémisphères cérébraux ne travaillent pas isolément, mais ensemble, pour toutes les tâches cognitives, même s’il existe des asymétries fonctionnelles. Le cerveau est un système hautement intégré; il est rare que l’une de ses parties travaille de façon isolée. Il existe certaines tâches, telles que la reconnaissance d’un visage et la production d’un discours, pour lesquelles un hémisphère donné est dominant, mais la plupart des tâches nécessitent le travail des deux hémisphères en parallèle. À la lumière de ces notions, l’utilisation des concepts de « cerveau gauche » et de « cerveau droit » est abusive. […] Stanislas Dehaene (1997) a montré que les deux hémisphères sont actifs pour identifier les chiffres arabes (exemples : 1 ou 2 ou 5). De même, d’autres données récentes établissent que, lorsque les processus de lecture sont analysés à l’échelle de composants plus fins, des sous-systèmes des deux hémisphères sont activés (par exemple : le décodage de mots écrits ou la reconnaissance de sons pour les processus de niveau plus élevé, tels que la lecture d’un texte). »

Comprendre le Cerveau, naissance d’une science de l’apprentissage, CERI, 2007

 

Neuromythe  : « Il faut bien reconnaître que le cerveau de l’homme est différent de celui de la femme. » 

Comprendre le Cerveau, naissance d’une science de l’apprentissage, CERI, 2007

FAUX, il existe davantage de différences à l’intérieur de chaque sexe qu’en les opposant. De plus, les résultats indiquant soi-disant que les garçons seraient meilleurs en mathématiques dans certains pays, sont directement superposables à l’égalité entre les sexes dans ces pays. Ainsi dans les pays où la représentation féminine est importante, les écarts garçon-fille ont été gommés. Néanmoins, physiologiquement, en moyenne, les garçons ont un cerveau plus lourd et plus poreux, et les filles un cerveau plus léger mais plus dense. Cela n’a pas d’impact documenté scientifiquement sur les compétences supérieures d’un sexe par rapport à un autre. Ecouter la conférence Tedx de Pierre-Marie Lledo sur la Plasticité cérébrale d’octobre 2012.

 

Neuromythe  : « Le cerveau du jeune enfant ne peut correctement apprendre qu’une seule langue à la fois. […]  Il est faux d’affirmer que la maîtrise de la langue maternelle est amoindrie quand une seconde langue est apprise. Les personnes expertes en plusieurs langues en sont une preuve vivante. Les élèves qui apprennent une langue étrangère à l’école ne faiblissent pas dans leur langue maternelle. Ils progressent plutôt dans les deux.»

Comprendre le Cerveau, naissance d’une science de l’apprentissage, CERI, 2007

 

Neuromythe  : « Les connaissances acquises dans une langue ne seraient pas accessibles (ou transférables) dans une autre. […]  le multilinguisme permet d’acquérir d’autres compétences liées au langage. Ces effets positifs sont plus nets quand la deuxième langue est acquise tôt ; une éducation multilingue n’entraîne pas de retard de développement. Il est vrai que, quelques fois, les très jeunes enfants font des confusions entre les langues. Mais dans la plupart des cas, ce phénomène disparaît ensuite.»

Comprendre le Cerveau, naissance d’une science de l’apprentissage, CERI, 2007

 

Neuromythe  : « Améliorez votre mémoire. […] De grandes diversités individuelles existent, et un même individu, au cours de sa vie, utilisera sa mémoire différemment selon son âge. Ce que la science a confirmé concrètement, c’est que l’exercice physique, une utilisation active du cerveau et un régime alimentaire équilibré, incluant des acides gras, aident à développer la mémoire.»

Comprendre le Cerveau, naissance d’une science de l’apprentissage, CERI, 2007

 

Développer une bonne mémoire ne dépend pas de techniques ou de la chimie du cerveau, mais de la fréquence et de la qualité du rappel des informations à mémoriser. Il existe plusieurs types de mémoire, et stimuler cérébralement plusieurs manières d’accéder au sens permet d’ancrer les informations plus profondément, par exemple en expliquant une nouvelle notion de plusieurs manières différentes, en faisant appel aux émotions et à l’expérience de celui qui apprend ou en lui proposant d’allier plusieurs intelligences comme support de mémorisation. 

Neuromythe  : « Apprenez en dormant. […] Aucune étude sur l’apprentissage pendant le sommeil menée dans les pays occidentaux, avec un contrôle strict par EEG de l’état du sommeil, n’a pu mettre en évidence un apprentissage (Bootzin et autres, 1990 ; Wood, 1992).

Il n’y a donc pas un grain de vérité dans le mythe de l’apprentissage en dormant. Bien que la fonction précise du sommeil reste un mystère, les études récentes montrent qu’il joue différents rôles dans le développement du cerveau et dans son fonctionnement. Il est aussi bénéfique pour la consolidation de compétences, comme l’apprentissage moteur.» 

Comprendre le Cerveau, naissance d’une science de l’apprentissage, CERI, 2007

Hérésie : le risque étant de perturber la qualité du sommeil et d’obtenir l’inverse de l’effet escompté, car la qualité du sommeil a une influence la qualité de l’apprentissage.